Le sourire du diable, Antonia Hodgson

   Ne vous laissez pas abuser par le titre! Il ne se passe rien de démoniaque dans ce passionnant récit policier qui se déroule à Londres, fin 1727. Le roman est intitulé, en anglais : The devil in the Marshalsea ce qui donne une idée plus juste du contenu de l’œuvre. Marshalsea est une prison pour dettes, peu ordinaire comme l’attestent les gravures qui accompagnent ce commentaire, un lieu qui, à ma connaissance, n’avait jamais servi de décor dans une intrigue policière, et dont l’auteure, mêlant réalité et fiction, personnages historiques et inventés donne, aux lecteurs une peinture fidèle d’un univers qui nous semble aujourd’hui, incroyable.

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   Après trois années passées à étudier la théologie, Tom Hawkins trouve que, décidément, la vie à Londres : jeux, tavernes et filles, est bien plus joyeuse que celle que mène son pasteur de père dont il refuse de prendre la succession. Aux cartes, on ne gagne pas à tous les coups : Tom doit, à présent, 20 livres à son propriétaire et à d’autres personnes ; son ami Charles Buckey, un proche du magistrat Sir Philip Meadows, ne peut lui prêter que quelques livres. C’est insuffisant ! Heureusement, la chance tourne : Tom gagne, au jeu, 10 livres, mais, tout aussitôt, il se fait battre en rue et détrousser par des malandrins. S’il réussit, péniblement, à rejoindre la taverne où il a ses habitudes, c’est pour s’y faire arrêter pour loyers impayés et se voir conduire à Marshalsea, la prison pour dettes.

    Marshalsea est une prison vieille de plusieurs siècles et c’est un établissement à but lucratif : on paye pour y demeurer, et ce, au profit du directeur et de son supérieur…. Sir Philip Meadows. Les indigents sont parqués dans logements insalubres où l’on ne subsiste que grâce aux dons d’âmes charitables ; l’on y meurt de la variole, de faim ou d’un coup de couteau. Ils sont séparés du reste de la prison par un haut mur percé d’une porte qui ne s’ouvre que pour laisser passer les gardes, mais aussi un révérend qui s’efforce d’adoucir la condition des prisonniers. De l’autre côté, c’est un « hôtel » où l’on séjourne plus ou moins agréablement selon le montant que l’on peut verser chaque mois. L’on peut avoir 200 livres de dettes et, néanmoins, des revenus mensuels qui permettent de vivre agréablement à Marshalsea. Les prisonniers ne sont enfermés que le soir, dans leur chambre qu’ils partagent au mieux à deux, au pire entassés à cinq ; ils peuvent aller et venir durant la journée et, pour leur agrément, l’enceinte comporte un restaurant, un magasin, un barbier et un bar. Mais, bien sûr, tout se paye.

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     Si, au début, Tom pense être dans un univers qui ressemble à son ancien Collège universitaire, il découvre rapidement que Marshalsea est un monde impitoyable et cruel où le lucre domine. Fort heureusement, il se voit, dès le premier jour, protéger par un certain Samuel Fleet, un prisonnier qui jouit d’une grande autorité et surnommé « le diable » ; il invite Tom à partager sa chambre. Tom découvre, avec effroi, qu’il dormira dans le lit du capitaine Robert, un homme que l’on a retrouvé pendu. Suicide ou crime ? Crime, sans doute, le capitaine avait été, au préalable, battu à mort. Et les soupçons se portent sur Fleet !! Ce drame fait désordre d’autant plus que la veuve du capitaine s’est installée, volontairement, dans la prison clamant à l’assassinat et qu’en outre, un gardien assure avoir rencontré, le soir et à plusieurs reprises, le fantôme du capitaine.Troubles, rumeurs, velléité de révolte, tout cela nuit aux intérêts de Sir Philip Meadows qui tire, de la prison, de coquets bénéfices. Ce dernier promet la liberté à Tom s’il parvient à élucider le mystère. Mais Tom est un enquêteur naïf et maladroit. Sa tâche se complique lorsque l’on découvre Fleet égorgé, la nuit, dans son lit. Pour Acton, le directeur de la prison, ou bien Tom découvre l’assassin ou il déclarera que Fleet a tué le capitaine et Tom a égorgé Fleet, ce qui réglera définitivement l’affaire et calmera les esprits.

   Tom ne dispose que de peu de temps pour trouver le coupable. Y parviendra-t-il ?

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          Tom est un personnage éminemment sympathique quelque peu perdu dans une prison  qu’il décrit parfois naïvement, toujours de manière subjective, découvrant un univers clos dont il ne perçoit que peu à peu les règles ; un univers à la fois vénal, brutal et ambigu où le lecteur s’interroge sur le rôle que joue, réellement, tel ou tel personnage : le révérend est-il vraiment un homme de bien, Fleet est-il un assassin ou un libraire enfermé pour avoir publié un pamphlet contre le pouvoir, le directeur Acton est-il une brute cupide ou cet homme qui s’attendrit en présence de son fils, et que penser de Sir Philip Meadows, de son secrétaire soi-disant ami de Tom et de….. Aussi, il n’est pas étonnant que notre héros mène une enquête allant de fausses pistes en fausses pistes. Ainsi, l’intrigue va de rebondissements en rebondissements ; le style est alerte, et sans nous noyer à force de détails, l’auteure nous donne une vision fort juste d’un univers aujourd’hui fort surprenant. Si vous aimez les romans policiers historiques qui sortent de l’ordinaire et sont adroitement menés, celui-ci devrait retenir votre attention.

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