Miss Charity, Marie-Aude Murail

Bonsoir, amis lecteurs! Je réalise une fois encore à quel point la vie me tient éloignée de ce blog… Il semble que je n’aie toujours pas trouvé le moyen de combiner un horaire de travail complet avec mon envie d’écrire – et le temps que cet exercice nécessite, même si cela me brise le cœur de l’admettre.

Pour être honnête, cet automne, j’ai surtout vécu une belle histoire d’amour avec mes pantoufles, sur lesquelles j’ai tendance à me précipiter dès que je rentre à la maison.  Si vous songez qu’en plus de cela, j’ai connu un sommeil troublé (et quelques mémorables nuits blanches), vous en déduirez aisément que je n’étais pas dans les conditions idéales pour prendre la plume…

Je me devais toutefois de vous parler d’une lecture récente, d’un roman longtemps conservé dans ma bibliothèque avant d’être ouvert. En réalité, cet exemplaire a d’abord patienté dans une autre bibliothèque, celle de ma ville, puisque je l’ai déniché lors d’une vente que celle-ci organisait. Acquis en 2008, jamais emprunté, il m’attendait, véritablement. Parfois le hasard n’a tout simplement pas sa place…

Charity est une fille. Une petite fille. Elle est comme tous les enfants : débordante de curiosité, assoiffée de contacts humains, de paroles et d’échanges, impatiente de créer et de participer à la vie du monde.
Mais voilà, une petite fille de la bonne société anglaise des années 1880, ça doit se taire et ne pas trop se montrer, sauf à l’église, à la rigueur.
Les adultes qui l’entourent ne font pas attention à elle, ses petites sœurs sont mortes. Alors Charity se réfugie au troisième étage de sa maison en compagnie de Tabitha, sa bonne.
Pour ne pas devenir folle d’ennui, ou folle tout court, elle élève des souris dans la nursery, dresse un lapin, étudie des champignons au microscope, apprend Shakespeare par cœur et dessine inlassablement des corbeaux par temps de neige, avec l’espoir qu’un jour quelque chose va lui arriver…

La découverte de ce roman exige avant tout de rassembler le courage d’affronter son impressionnant volume. En effet, si l’ouvrage compte à peine plus de 500 pages, il possède l’épaisseur d’une bible et dépasse largement le kilogramme sur la balance. D’ailleurs, malgré mes bons soins, la reliure a fini par céder sous le poids de ces lourdes pages cartonnées! J’éprouve un pincement au cœur à cette pensée, mais je ne peux m’empêcher de préférer un roman qu’une lecture passionnée a légèrement cabossé à un livre intact, mais oublié.

Parce que cette histoire, je l’ai lentement savourée, laissant son héroïne m’accompagner un peu plus longtemps que mon rythme ordinaire de lecture ne le justifiait. Ce fut d’ailleurs un déchirement de parcourir les dernières lignes de l’intrigue, tant je souhaitais désespérément prolonger l’éphémère bonheur de cette première rencontre.

Je dois admettre que je me suis sacrément attachée à Charity et à son petit monde féerique, peuplé de lapins sauvés de la marmite, de souris apprivoisées, d’oiseaux unijambistes et de crapauds qui ne se transforment en princes charmants que grâce à la formidable imagination de la fillette. Marie-Aude Murail parvient à merveille à faire grandir sous nos yeux sa pétillante narratrice, sans précipitation ni attardement injustifié sur le passage du temps. Ce dernier se trouve uniquement souligné par les quelques lettres que Charity s’adresse à elle-même et dans lesquelles elle consigne ses espoirs pour les années à venir.

Malheureusement, l’adolescente constate rapidement à quel point la société dans laquelle elle évolue porte un regard sévère sur ses velléités d’émancipation intellectuelle et d’autonomie financière. Dans l’Angleterre huppée du XIXe siècle, où le moindre faux pas relève de l’inconvenance, le poids des conventions oppresse implacablement ceux qui n’ont pas la volonté de les défier. Ainsi, les superficielles cousines Ann et Lydia, bien qu’animées elles aussi par des envies inavouées, choisiront toutes deux de rentrer dans le rang, au prix de leur épanouissement véritable.

Des individus, toutefois, se distinguent et osent formuler le souhait d’une vie qui ne réponde qu’à leurs propres attentes. La bienveillante gouvernante des Tiddler, Mademoiselle Legros, rêve à voix haute, et en toutes circonstances, d’une famille bien à elle, nichée dans le confort sommaire d’un cottage fleuri. Songerait-elle en secret à Herr Schmal, précepteur des  Bertram, homme d’esprit et fervent défenseur de l’éducation des jeunes filles?

Tous deux témoigneront d’une amitié sincère et d’un soutien sans faille à l’égard de Charity, tout en lui insufflant la force de croire en son talent et en ses ambitions. Elle pourra également compter sur la complicité inconditionnelle de Kenneth Ashley, comédien itinérant au charme ravageur et aux intentions souvent malhonnêtes, qui semble apparaître et disparaître de la vie de Charity comme par enchantement.

Portée par sa prédisposition précoce pour l’observation de la nature, notre héroïne développe – au grand dam de sa mère – un don indéniable pour l’aquarelle et l’écriture. Se pourrait-il qu’elle parvienne à en vivre et dès lors à quitter définitivement le troisième étage de l’étouffante demeure familiale?

charity2

Je pourrai encore vous écrire de longs paragraphes au sujet du délicat Philip, de la fantasque Tabitha et du discret Marshall, mais je m’en tiendrai là ce soir et vous inviterai plutôt à faire leur connaissance par vous-mêmes.

Miss Charity est un roman qui m’a donné envie de flâner dans Londres, d’adopter un lapin, de relire les œuvres de Shakespeare et qui m’a surtout rappelé de célébrer la magie des rencontres et des heureuses surprises que la vie nous réserve.

 

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