Brunetti en trois actes, Donna Leon – par le Vert Lisant

   Après quelques romans plutôt décevants, Donna Leon revient à ce qui faisait le charme de ses « policiers » vénitiens : on retrouve, avec bonheur, une bonne intrigue ; un Brunetti en commissaire efficace et dilettante, se promenant dans la cité des doges, n’hésitant à déguster un bon café, voire un excellent repas dans des établissements ignorés des touristes, tout en enquêtant de façon efficiente ; une signora Elettra, hackeuse d’élite, mais pour la bonne cause. Les autres personnages : l’épouse toujours férue de Henry James, les enfants devenus des ados, et même le fidèle Vianello ne jouent que des rôles secondaires ; toute l’attention se tourne vers la célèbre cantatrice : Flavia Petrelli qui chante, à la Fenice, le rôle de Tosca, où elle égale Maria Callas.

Le premier chapitre s’ouvre sur la dernière scène de Tosca, le moment tragique où elle découvre que son amant a été réellement fusillé, que les gardes approchent, qui ont découvert qu’elle a tué le commissaire Scarpia, et où elle se jette dans le Tibre.

Bien évidemment, Flavia, qui se défenestre, atterrit sur une sorte d’épais matelas que l’on monte à chaque fois. Comme à chaque représentation, elle fait un triomphe et les rappels sont nombreux ; une personne inonde, même, le devant de la scène de roses jaunes. Enfin, quand elle peut regagner sa loge, c’est pour la découvrir envahie par des bouquets de roses jaunes placés dans des vases dont certains sont coûteux.

Et puis, après le démaquillage, après avoir quitté la robe de scène et alors qu’elle n’aspire qu’à se reposer dans l’appartement que lui a offert le marquis Frederico d’Istrie, un ancien amant, elle doit encore affronter les admirateurs, écouter les compliments mille fois entendus et les demandes d’autographes… Fatiguée, elle ne distingue personne sauf Brunetti et son épouse ; ce sont de vieilles connaissances, ils se sont déjà rencontrés par deux fois, dans « Mort à la Fenice » et dans « Entre deux eaux ». Elle accepte, volontiers, de passer une soirée avec eux chez les beaux-parents de Brunetti. A cette occasion, elle parle des bouquets : elle a déjà vu sa loge envahie de cette façon, à Saint Saint-Pétersbourg, Londres et Amsterdam. Brunetti sent que cet excès angoisse son amie et qu’il y a là un mystère à éclaircir.

Le lendemain, à la Fenice, alors que des gens s’y promènent, Flavia attend son pianiste répétiteur en retard. De la salle voisine, elle entend une voix sublime. C’est, découvre-t-elle, une jeune cantatrice en répétition et elle ne peut s’empêcher de la couvrir de compliments.

Peu après, Brunetti est alerté : le soir, on a poussé une jeune femme au bas des escaliers d’un pont ; elle soufre de traumatismes divers et d’un bras cassé ; on a dû l’hospitaliser. La vidéo de surveillance montre une personne le visage masqué par une capuche qui s’est retournée un instant pour voir son oeuvre. La victime est la jeune cantatrice que Flavia admirait, et Brunetti qui ne croit pas aux coïncidences, décide d’enquêter.

Arrivé au commissariat, pensant mettre Alvise de garde devant la chambre de la victime, il découvre que ce dernier est suspendu, sans solde (pour une raison qui se révélera fausse) et que, du coup, la Signora Elettra s’est mise en grève : deux heures par jour, elle ne travaille ni pour le lieutenant Scarpa, sa bête noire, ni pour le vice-recteur. Elle avoue, aussi, pour qu’Alvise ne soit pas sans revenus, l’avoir mis, grâce à ses talents de hackeuse, en « heures supplémentaires, de manière illimitée », et ce, sous la signature de … Brunetti. Ellettra pour éviter de futurs ennuis au commissaire finira par troquer le nom de ce dernier par celui de… Scarpa qui, lui jouit de solides appuis à Rome.

Et puis, c’est au tour du marquis d’être agressé : il a reçu quelques coups de poignards qui, heureusement, ne mettent pas sa vie en danger. Une caméra de surveillance le montre mettre des raquettes de badminton dans le coffre de sa voiture, ainsi qu’un personnage encapuchonné qui l’observe puis qui disparaît ; sachant où le marquis va stationner sa voiture, ce dernier l’a devancé sur le parking, puis poignardé.

Flavia, à nouveau affolée, appelle Brunetti : elle vient de trouver, dans sa loge, un collier qui se révélera valoir un demi million d’euros. Le bijou est l’oeuvre d’un joaillier français. Elettra a, bien heureusement, un contact dans la police parisienne qui ne tarde pas à découvrir que le collier a été réalisé pour Maurice Lemieux, un riche chimiste qui fournit des produits aux firmes pharmaceutiques. Veuf, il est décédé, dans un accident, avec l’une de ses deux filles. Et cette autre sœur suit … des cours de chant, en seconde année de conservatoire.

Il y a bien trop de coïncidences et, malgré son horreur de l’informatique, Brunetti se lance, alors, dans une recherche sur internet. Il découvre, ainsi, les « stalkers » : les admirateurs excessifs qui peuvent aller jusqu’à tuer la personne qu’ils « adorent » pour se l’accaparer définitivement.

Le commissaire, secondé par le fidèle Vianello, décide, alors, de s’installer dans les coulisses de la Fenice, déterminé à défendre Flavia contre les agissements de l’admirateur dont il soupçonne fortement l’identité. Mais… tout ne se passe pas comme il l’avait prévu.

« Brunetti en trois actes » : intrigue ; angoisse, ; dénouement, est un bon roman policier basé plus sur un suspense qu’une enquête. Il donne suffisamment de moment de détente –  généralement fournis par Venise même et par la « signora Elettra », pour ne pas sombrer dans le drame. Cécila Bartoli, la cantatrice amie de l’auteure, a, sans doute, renseigné celle-ci sur la vie des chanteurs d’opéra, sur la Fenice et ses coulisses, et jusque sur les machinistes, en grève, qui abandonnent l’opéra sans faire le moindre rangement. Dona Leon ne peut, aussi, s’empêcher de donner quelques coups de griffes : Venise plus préoccupée par les touristes que par ses occupants, la Fenice où l’on entre quasi comme dans un moulin, les chanteurs indifférents, mais cette critique est bien moindre que dans ses autres romans. Le récit en demeure bien agréable et procure un fort bon moment de lecture même si, seul regret, la scène finale, est quelque peu tirée en longueur.

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